Attention - il y a encore les femmes au mauvais oeuil!

Mogador-Magie, pourquoi? C'est peutêtre déjà à cause du mot, Mogador, l'ancien nom pour Essaouira, cette petite ville venteuse sur l'Atlantique. Dans le mot „Mogador“ se cache d'ailleurs une petite part d'un  magicien (j'aime les anagrammes...). L'origine du nom  „Mogador“ – on ne la sait pas exactement. Le rechercheur de la région et auteur de plusieurs livres sur Essaouira-Mogador, Omar Lakhdar, croit que ce mot vient de l'ancien hebreux  "Migdal", ce qui signifierait à peu près colline ou tour. C'est possible que les premiers Juifs, qui sont déjà arrivés au Maroc il y a plus de 2000 ans, aient importé ce mot.

   A l'onzième siècle, le petit bourg s'appellait Amagdoul; les Portugais qui, au début du 16ème siécle, ont fait construire un fort sur une des petites îles, l'appellaient  Mogadouro. „Les gens de Mogador“, ce fameux roman d'Elisabeth Barbier, n'a évidemment rien à voir avec notre Mogador - mais qui sait?

    Mogador – ça fait maintenant plus de neuf ans que je vis ici - parfois presqu'emportée par le vent. Celui-ci souffle souvent tellement fort que tu n'arrives pas à finir tes pensées, car elles se sont déjà envolées... Les mouettes et les chats qui sont nombreux dans cette ville, ils resistent stoiquement contre la force venteuse, durant que les humains essaient en vain de se protéger, en s'emmitouflant dans des tas de tissus. Le vent vient presque toujours du nord; il est souvent froid à couper le souffle et il sent l'Europe, il sent l'espoir, la solitude... 

 

 

Et puis un ancien arbre à souhaits

Le mot "magie" est ambigu. Normalement, on en pense à la sorcellerie, au chamanisme, par exemple. Il est vrai que ce genre de magie se trouve aussi à Mogador: Dans les ruelles tortueuses, derrière des murs épais, à des endroits auquels nous, les gens ordinaires mais aussi le vent, on n'a pas d'accès, là se rencontrent les membres de frèreries magiques, des Gnaoua, musiciens, chamanes, guérissantes, qui pratiquent la transe et des rituels secrets. Et partout dans la ville on trouve la „Khamsa“, la "main de Fatima", amulette ancienne qui protègerait contre le Mauvais Oeuil.

    Vous croyez que cela n'existe pas? Mais oui, ne vous trompez pas! De temps en temps, il se peut que dans une des petites ruelles, une femme croise ton chemin dont les yeux noirs, richement maquillés de khol, te dévisagent d'une manière perçente que tu préfères dètourner les yeux pour ne pas la provoquer... Et aujourd'hui encore, les femmes berbères cachent de petits papiers, des listes de souhaits (bons et moins bons...) dans les branches de très vieux arganiers.