Il a restauré la synagogue de son enfance: Haim Bitton

Haim Bitton
Haim Bitton

Celui qui rentre dans la médina d’Essaouira-Mogador par le Bab Doukkala, la porte au nord-est, et se rend immédiatement à droite, va faire connaissance d’un quartier étrange, mis à l’abandon depuis des décennies: le mellah.

 Ici ont vécu jusqu’aux années soixante, soixante-dix, du siècle passé des milliers de citoyens juifs. Aujourd’hui, la rue principale, rue Moïse, n’existe plus. Les maisons sur le côté du rempart ont été démolies, il ne reste qu’un terrain vaste, couvert de sable et d’ordures.

Et les maisons sur l’autre côté de l’ancienne rue, elles sont en train de s’écrouler. On a établi un mur pour les protéger des regards.

 Mais, soudain, on voit devant soi quelque chose d’étonnant: une maison a été restaurée. Au-dessus de de la porte d’entrée, une plaque indique de quoi il s'agit: la synagogue Slat Lkahal.

 L’homme à qui se doit la restauration de la synagogue la plus grande de la communauté juive de Mogador: Haim Bitton.

 Ce Mogadorien de vieille souche qui, en 1964, a émigré avec sa famille en Israël où il a fait des études, et, après, a travaillé pour El AL Airlines aux Etats Unis, avait rendu visite à sa ville natale en 2008. Né et grandi près du Mellah, il fut perplexe de ne plus reconnaître ce vieux quartier. En se promenant à la recherche d’une ancienne synagogue, il découvrit l’endroit de prières de son enfance: Slat Lkahal.

La porte était barrée et l’accès était presque impossible et dangereux. A l’intérieur se présentait l‘image d’une destruction avancée. La synagogue, durant 40 ans hors service, a été pillée et vandalisée. Les voleurs étaient pénétrés par la verrière du toit et ont pris tout ce qui était mobile, dont les „Kas“, lanternes en verre suspendus au plafond, et la „teba“, une plateforme de lecture. Mais, ce qui était étonnant: le „heikhal“, une sorte d’armoire où on gardait les livres saints, était encore bien conservé.

Alors, Haïm Bitton a pris la décision de mettre cette synagogue dans son état antérieur.

 C’était en 2011 que M. Bitton, après avoir pris sa retraite, est rentré à Essaouira-Mogador. Un premier pas, c’était de fonder une association, ASL Mogador, comme responsable du projet. L’association ASL Mogador a reçu, en 2012, le soutien de l’Unesco pour le projet de la restauration et la sauvegarde de la synagogue Slat Lkahal, patrimoine juif de Mogador.

 Comme il est écrit sur le site de l’association, il y avait une phase préliminaire avant de pouvoir commencer à restaurer. Il fallait débarrasser le site des gravats, ensuite „reprise des maçonneries défectueuses, reprise structurelle et création d’une nouvelle porte d’entrée pour sécuriser l’accès“.

Après, comme première phase, on a renouvelé la toiture de la salle de prière avec la verrière. Peu à peu, on a refait les fenêtres, les murs, le carrelage du sol d’après l’original, ensuite la façade, la galerie des femmes, et de différentes pièces qui servaient, à l’époque, aux besoins des rabbins.

 Ce qui est extraordinaire, c’est le montant des coûts singulièrement bas qui se relève à seulement 80.000 Euro. Cela est dû à l’embauche directe d’artisans sur place, aux services bénévoles d’un architecte, Jonathan Myara, lui aussi natal de Mogador, mais surtout à l’engagement infatigable de Haim Bitton comme „chef de travaux“. Lui, depuis 2011, était sans cesse sur place, pour surveiller les travaux, donner des conseils et des ordres, des coups de main, bref – il était l’âme du projet.

 L’inauguration de la synagogue a eu lieu en automne 2017, en présence d’une centaine de personnes dont la plupart étaient venues d'Israël.


Une jeune Mogadorienne travaille comme guide

 

 

 

Depuis 2018, Jihane, une jeune Mogadorienne, présente la synagogue Slat Lkahal aux visiteurs qui, avant la pandémie Covid 19, étaient venus de beaucoup de pays et continents. Jihane et Haim Bitton espèrent que, bientôt, la synagogue sera de nouveau ouverte pour le public.


Les stations de la restauration